LA BAR MITSVA/BAT MITSVA

 

Selon Rachi [sur Pirké avot 5, 21], l’âge de la Bar Mitsva est évoqué dans le verset de Béréchit, chapitre 34, verset 5. Voir également Rachi sur Talmud Nazir 29b.

Le Roch, Rabbénou Acher  [1250-1327], élève du Maharam de Rottenbourg affirme que l’âge de la Bar Mitsva est une « Halakha Lémoché MiSinaï » : une loi d’importance majeure, transmise à Moché Rabbénou oralement lors du don de la Torah. Et ce, pareillement à des centaines d’autres lois et détails de notre sainte Torah ; comme par exemple : la couleur noire des Téfilines, la forme des Télines, etc.

Les fondements de la Bar-Mitsva

Pour commencer, essayons de comprendre la signification des mots « Bar (ou Bat) Mitsva ». Littéralement, l’expression se traduit par  « fils (ou fille) du commandement », ce qui signifie que le jeune garçon ou la jeune fille deviennent désormais responsables en matière d’observation des commandements (Mitsvot) de la Torah.

Le but des commandements est de permettre à chacun d’entre nous de diriger nos vies autour des valeurs qui sont véritablement importantes : notre famille, notre entourage, et notre relation avec Dieu.

Bien que dans le langage parlé, nous disons qu’un jeune homme « fait sa Bar-Mitsva », il s’agit en réalité d’un statut que l’on obtient automatiquement le jour venu, avec ou sans fête !

Ainsi, un garçon juif devient automatiquement Bar-Mitsva lorsqu’il atteint ses 13 ans, et une fille à l’âge de 12 ans (en général, les filles ont tendance à mûrir plus tôt que les garçons.)

À un niveau plus profond, à l’instar de leurs corps qui grandissent et se métamorphosent, leurs âmes aussi grandissent et se transforment. La tradition kabbalistique nous apprend que la dimension spirituelle d’une personne se subdivise en plusieurs degrés d’âme. À l’âge de la Bar-Mitsva, c’est un nouveau niveau d’âme (appelé néchama) qui s’exprime. C’est donc le moment où la conscience morale et la sensibilité se développent pleinement, en permettant ainsi aux jeunes gens d’assumer la pleine responsabilité de leurs actes.

En outre, les actions commises par une personne qui atteint ce stade de la vie gagnent en importance. En effet, le Talmud explique que quiconque accomplit une mitsva parce qu’il en a reçu l’ordre a plus de mérite qu’un autre qui l’effectuerait à titre volontaire, et cela, parce que l’homme a une aversion naturelle à s’acquitter d’une obligation. Surmonter cette aversion est un signe de maturité, et c’est ce que la Bar/Bat Mitsva célèbre : atteindre le stade de l’obligation.

(2) La cérémonie à la synagogue

Le Chabbat (et à plusieurs autres occasions), la Torah – un parchemin contenant les cinq livres de la Bible – est lue publiquement. La Torah est divisée en 54 portions hebdomadaires, lues selon un cycle annuel, à raison d’une portion par semaine.

La portion hebdomadaire est subdivisée en sept sections. Durant l’office du Chabbat matin, les fidèles sont appelés à la bima (la plate-forme surélevée d’où la Torah est lue) pour réciter les bénédictions spéciales précédant et succédant à chacune des sections. Ce privilège s’appelle en hébreu une « aliya », littéralement, une montée vers la bima.

Le Séfer-Torah est retirée de l’arche sainte, puis portée à la bima. Pendant que le Séfer-Torah circule dans la synagogue, les fidèles se lèvent en signe de respect.

Dans le langage courant, quand les gens disent qu’ils ont « fait leur Bar-Mitsva » cela signifie généralement qu’ils ont reçu une aliya pendant la lecture de la Torah.

Ce rouleau de la Torah est méticuleusement écrit de la main d’un scribe animé de la crainte de Dieu. Un certain nombre de règles font que la Torah est écrite avec une parfaite précision, maintenant ainsi la chaîne ininterrompue de la tradition depuis son don au Mont Sinaï.

Le Chabbat suivant son 13ème anniversaire, le jeune homme est appelé à la Torah. Son âge est calculé selon sa date de naissance hébraïque. À l’issue de la bénédiction finale, certaines synagogues ont coutume de bombarder amicalement le jeune garçon de friandises.

À ce stade, les Ashkénazes ont l’usage de réciter la bénédiction suivante :

En phonétique: Baroukh Che Petarani Mi On’cho Chel Ze

Ensuite, le jeune Bar-Mitsva lit une section de la Torah et/ou une section des prophètes bibliques, appelée la Haftara.

Après l’office, les fidèles se retrouvent autour d’un Kidouch, une petite collation festive qui débute par la bénédiction du vin.

(3) La réception

Le moment fort de la Bar/Bat Mitsva est bien entendu la réception donnée par les parents pour saluer l’entrée de leur enfant dans l’âge adulte. Idéalement, cette cérémonie devrait se tenir le jour même où le jeune garçon/fille célèbre ses 13/12 ans. En cas de nécessité, la célébration peut être reportée quelque peu.

Le déroulement de la Bar-Mitsva diffère selon les coutumes. Il est recommandé que le jeune homme prononce lors de la réception les quelques paroles de la Torah qui constituent le célèbre discours de la Bar-Mitsva. Il s’inspire généralement des idées tirées de la portion hebdomadaire de la Torah, et souligne l’engagement du jeune envers les valeurs juives.

Que dire des réceptions de style hollywoodien avec effets spéciaux et tout le tralala ? Il est important que les festivités ne deviennent pas ostentatoires au point que leur signification spirituelle soit reléguée au second plan. Le nouvel adulte doit comprendre qu’il s’agit d’une célébration de sa maturité et de sa responsabilité, un message qu’il devra porter à bien pour le reste de sa vie.

(4) Le cadeau

Autrefois, on offrait pour la Bar-mitsva un stylo plume, ensuite ce fut un Walkman, et aujourd’hui, on offre un iPod.

Tout cela est bien sympathique mais on peut trouver des présents bien plus appropriés pour une Bar/Bat Mitsva. Puisque cet événement célèbre l’engagement du jeune envers les commandements, le cadeau le plus adapté est, naturellement, celui qui lui donnera une meilleure compréhension de son héritage juif et lui permettra de mieux accomplir les Mitsvot ! (L’iPod pourra attendre le prochain anniversaire…)

À défaut de cadeau, on peut toujours donner une enveloppe. C’est une bonne idée d’offrir 18 euros (ou un multiple de cette somme), car la valeur numérique de 18 en hébreu est ‘Haï, qui signifie vie.

(5) Les Téfilines

À compter de ses 13 ans, un garçon a l’obligation de mettre lesTéfilines chaque jour (sauf le Chabbat et les fêtes juives).

Les Téfilines sont deux boîtes carrées faites de cuir noir, qui contiennent des versets de la Torah écrits sur des parchemins. Des lanières de cuir noir sont attachées à chaque boitier. Une des boîtes est portée sur le biceps, et l’autre est porté sur le front.

Les deux boitiers représentent les deux façons dont nous servons Dieu dans ce monde : par la pensée (la tête) et par l’action (le bras). La Téfilla destinée au bras contient un parchemin dans un seul compartiment, tandis que la Téfilla réservée à la tête contient quatre parchemins, chacun dans un compartiment séparé. Cela incarne le fait que pour servir Dieu, ces deux forces doivent fonctionner en synergie : nous utilisons la totalité de notre esprit pour comprendre l’intégralité d’un sujet, pour agir ensuite avec notre sens du devoir.

Les parchemins à l’intérieur de chaque boîte deTéfilines comportent quatre sections différentes de la Torah qui traitent de l’unité de Dieu, de l’obligation d’observer les commandements, et de la responsabilité de transmettre le judaïsme à nos descendants.

Si vous êtes vraiment d’humeur généreuse, une paire de Téfilines est un merveilleux cadeau pour un garçon Bar Mitsva. Posséder une paire de Téfilines (et les porter !) fait partie intégrante de l’identité juive. Mais comme ils sont chers (environ 400 euros), tous les garçons n’en possèdent pas.

(6) La première Bar-Mitsva

Et maintenant, voici une devinette : qui fut le premier juif à célébrer sa Bar-Mitsva ?

Trois réponses possibles :

1) Abraham – La première personne qui a  commencé à observer certaines Mitsvot fut Abraham, le tout premier juif de l’humanité. Toutefois, il était bien plus âgé que 13 ans quand il commença à pratiquer… Il n’est donc jamais trop tard !

2) Isaac fut le premier personnage à atteindre ses 13 ans alors qu’il était déjà juif. La Torah écrit : « Et Abraham fit une grande fête ce jour-là » (Genèse 21:8). Selon le, Midrash explique qu’il s’agissait de la réception de Bar-Mitsva d’Isaac.

3) Au Mont Sinaï – Ce ne fut qu’à partir du don de la Torah au Mont Sinaï que les Juifs devinrent véritablement tenus d’observer toutes les Mitsvot. Par conséquent, le mont Sinaï fut donc le théâtre de la première Bar-Mitsva de groupe de l’humanité !

(7) Et maintenant ?

Beaucoup pensent que la pratique juive est confinée à la synagogue, ou à la célébration occasionnelle des fêtes à la maison. À la vérité, la Torah et les Mitsvot jalonnent chaque instant de notre vie : elles établissent des normes pour l’éthique dans les affaires, pour un langage correct, pour honorer ses parents, pour ce que nous mangeons, et même pour nous dire comment prendre soin des animaux de compagnie !

Nous appelons ces lois Torat Haïm, littéralement « des instructions pour vivre. » La Torah est notre guide d’utilisateur pour une vie sur terre, le nec plus ultra pour maximiser notre plaisir et notre potentiel dans la vie.

La Torah fournit la réponse aux questions les plus cruciales de la vie : comment puis-je mener une vie pleine de sens ? Comment puis-je forger des relations fructueuses, travailler honnêtement dans les affaires, et développer mon potentiel ? Quelle peut être ma contribution pour rendre le monde meilleur ?

L’étude de la Torah insiste sur la construction d’une base rationnelle de la foi, afin d’engager son esprit, de stimuler son intellect par le questionnement et le débat, et ainsi nourrir l’âme. Elle ne préconise pas l’acte de foi inconscient, le tout-ou-rien, ou le désengagement du monde.

L’objectif de tout Juif n’est pas seulement d’étudier la Torah, mais de devenir une « Torah ambulante », un être qui incarne les idéaux sublimes comme l’amour du prochain, la paix sur terre, la justice pour tous, l’éducation universelle, l’égalité des droits, la dignité de la personne et la valeur suprême de la vie. Autant de concepts qui sont issus de la Torah et qui ont modelé la conscience morale de l’humanité.

Dans la vie juive, une Bar/Bat Mitsva ne représente pas l’aboutissement de l’éducation juive, mais plutôt un tremplin vers une relation plus mûre et profonde avec l’érudition juive.

Ce concept est illustré par l’idée suivante : si une seule lettre d’un rouleau de la Torah venait à manquer, celui-ci deviendrait invalide. Selon la tradition, à chaque Juif correspond une lettre de la Torah. Cela nous enseigne que chacune et chacun d’entre nous a un rôle essentiel à jouer dans l’avenir du peuple juif.

Le Bar/Bat Mitsva reçoit les moyens de s’instruire, et de renforcer son orgueil juif à travers la connaissance et la compréhension. Ce qui signifie grandir en bon Juif, pas à pas. Ce qui signifie défendre Israël et le respect de chaque Juif. Ce qui signifie prendre la responsabilité du monde, en utilisant la Torah comme notre guide, parce que c’est là la mission du peuple juif. Et par-dessus tout, cela signifie aimer être juif.

La réalisation de ces objectifs est ce que nous souhaitons au Bar/ Bat Mitsva, et c’est précisément le début de cette belle odyssée qui donne lieu à une joyeuse célébration.

Mazal Tov !