La paracha Terouma (Chemot/Exode XXV) pose très nettement la question de la définition de ce qu’est dans le judaïsme, la « maison de Dieu », qui n’est pas un « temple » au sens courant du terme, mais bien un « sanctuaire » puisque miqdach (dans le verset 8 : « ils feront pour moi un miqdach ») renvoie à la notion de sainteté / quedoucha (qouf/dalet/shin), elle-même liée à la notion de séparation – afin que « Je résiderai au milieu d’eux » (Chemot/Exode XXV, 8).

Ni le Temple, ni la synagogue, ne sont donc un lieu pour rendre hommage, ni un lieu votif, mais il s’agit de construire un espace dans lequel Il, Hachem, « pourra résider ». Rachi, ainsi que le Zohar, tentent de résoudre l’équation où d’un côté il y a l’ordre (la mitzva) donné aux hébreux pour la construction de la structure et l’achat des sacrifices quotidiens (identique pour les riches et les pauvres), et de l’autre l’appel aux dons généreux (selon son coeur) pour tout ce qui va constituer le coeur de la Maison, à savoir les 13 éléments cités dans la Tora (pourpre, azur, vêtements, tissus…..).

La question posée : est-il possible d’imposer un acte d’amour ?

La Maison de Dieu apparaît ici comme un lieu de jonction. Comme le dit le Zohar : entre l’en Haut et l’en bas.
Terouma / prélèvement, veut dire aussi « élever / de larom ».

En conséquence, que viennent faire les hommes et les femmes dans la synagogue (le petit Temple devenu Beit Haknesset, lieu de rassemblement)? De tout leur coeur, ils viennent élever cette part en eux du désir double de Dieu : celui de Dieu et le leur. On vient donc à la synagogue non pas pour socialiser, mais bien pour offrir volontairement le meilleur de soi, en écho à l’ordre divin pour Lui.
J’aimerais soumettre cette approche qui, dans mon cheminement autour de la question de la mehitza depuis plus de treize années, résonne en écho à cette paracha : ce que Dieu ne cesse de faire dans le processus de la création du monde c’est de constamment séparer les éléments pour qu’advienne le monde, et ce jusqu’à séparer en Adam, le masculin du féminin afin que surgisse Eve, en un face à face égalitaire, salutaire, idéal « ezer kenegdo » (Genèse II,18).

Avec cette dimension centrale, de plus en plus de synagogues orthodoxes en Israël et aux États-Unis séparent l’espace avec une mehitza perpendiculairement au hekhal et à la bima, de telle manière que les hommes ne voient pas les femmes, et que les femmes voient et entendent tout le service, dans une identique proximité, dans un désir commun d’élévation. Avec la pleine conscience de venir pour Lui.